Mes 30 ans de service

Le mois dernier, avec plusieurs collègues, j’ai assisté à une soirée soulignant les années de service des employés.   Ce retour en arrière m’a fait réalisé comment le temps a passé vite, combien j’ai essayé de sans cesse me renouveler.

Le « je » multiple de l’écriture.

Créer permet de survivre au quotidien.   Quand je veux gérer ma santé mentale, je prends un crayon ou un ordi et je vais au bout de la pensée, de l’émotion que je vis et qui me trotte dans la tête.    J’essaie de trouver un angle, une voix qui me permet d’entrer dans la discordance et l’apaiser.   Pour d’autres c’est le sport, le jardinage, le chant.   Moi, j’écris.

Mes années 80

Je suis infirmière

Je suis infirmière   entre le D.E.C. et le bac   entre la dèche et l’impact   entre la vocation et le salaire   entre la dotation et l’éther.      Je suis assise entre deux chaises.

J’aime bien ma job mais je ne l’estime pas.   Je ne suis pas seule, les féministes, les ministres, les journalistes, ceux qui m’administrent pensent comme ça.   Je suis tellement là  que je suis invisible   On ne me regarde même pas, je suis prévisible         Et des fois, j’achète cela.

Comme si c’était facile le ici et le maintenant   Comme si c’était risible d’être dans l’évident, d’être là en tout temps.   Je fais ce que je fais et c’est ce qu’un autre ne fait pas.   Je fais ce que je fais quand d’un autre on ne veut pas.   Je fais le quotidien dans toutes ses tranches, j’envisage l’arbre humain dans toutes ses branches.   Et ce n’est pas « juste ça?! ».

Hospitalisation

L’heure du lever, l’heure des médicaments, changement de personnel.   L’heure du déjeuner, l’heure des douches, l’heure des médicaments, l’heure du dîner, l’heure de la sieste, changement de personnel.   L’heure des médicaments, l’heure du souper, l’heure des visites           L’heure des médicaments, l’heure du coucher.   Et quelquefois, les nuits d’insomnie, changement de personnel.

Le divan borderline

Ils vont baver, ils vont payer       Je vais leur rendre au centuple la colère qu’ils m’ont fait encaisser.   Je m’en fiche qu’ils ne comprennent pas, je m’en fiche qu’ils s’en fichent   Ils n’auraient pas dû abuser de moi.

Et si les mots ce n’est pas assez, alors je prendrai mes poings, mes pieds.   Je les ferai éclater, je les anéantirai.   Leurs faces dans la boue, vers terre, quand je les empêcherai de respirer.

Il ne restera rien de moi, que ma colère passée  plus rien de moi.   Seule ma rage, éparpillée.

La 2052

Clef de fer, clef d’enfer, clef qui sert à cacher la folie de mes pairs, clef qui ouvre l’armoire de l’oubli en dragée, clef qui donne le pouvoir le droit de s’ingérer.   Clef de fer, clef d’enfer.               Ton cliquetis m’apaise, à la vue de chaque porte, je suis du coté aise, je suis de ceux qui sortent.

Mes années 90

C’est ma maman

C’est ma maman, c’est ma maman!   Je veux la main de ma maman!   J’y ai droit, parce qu’elle est là.   Cette main complice, avec un giron dans la paume et des doigts froids.   Je veux la main de ma maman!   Surtout quand ma sœur la veut, la droite ou la gauche, celle qu’elle veut, je la veux.   Je la veux aussi et je la saisie.   Tantôt je choisirai autre chose, mais là elle est à moi.   Plus qu’à ma sœur, plus qu’à ma mère.   Sa main, c’est la main de ma main.

C’est ma maman, c’est ma maman, je veux la main de ma maman!   C’est à moi parce que je suis là!   Cette main chaude qui me caresse sans même y faire attention.   Je veux la main de ma maman surtout quand elle fait la vaisselle… ou qu’elle transporte un plat chaud… quand elle répond à la porte et que ses jupes courent derrière ses talons.   Plus tard je choisirai autre chose, mais là elle est à moi, plus qu’à mon père.    Car ma mère, c’est la main de ma main.

Être à l’accueil

Au bout du fil, on me fait attendre, moi pour qui le temps est précieux.   Et comme j’hésite entre attendre encore et commencer autre chose, elle revient sur la ligne et me demande de patienter encore un peu.   Je vois Gérard qui s’informe et informe, qui voit à ce qui s’est passé, comment cela se passe, comment cela passera, qui demande si on refait du café.   Et Maude dit que c’est une bonne idée, elle allait presque oublier pour l’argent…

Je peux, en m’étirant, voir le dossier de celui qui ne s’est pas où ses meds sont allés, de celui qui se demande si on peut l’écouter mais qui est dur de la feuille et ne veux pas s’en aller.   La fille au bout du fil ne sait pas la réponse mais elle va me rappeler après s’être informée.   Je repars donc bredouille après bien des secondes pendant que Catherine salue le monde à la ronde.   Son patient est « knocké » et elle s’en va diner.

Je ne sais pas où c’est rendu mais c’est correct aussi.   Il y a quelqu’un dans le poste qui peut récupérer l’information lancée au vol, le patient qui pensait qu’on l’avait oublié.   C’est la routine et  le folklore aussi.

Il y a une famille qui demande si cela va être bien long, alors qu’elle est déjà suivie au CLSC, et un parano qu’on questionne sur son suivi.   Le monsieur des meds n’a pas de dossier chez le curateur public: les pompiers, après nous l’avoir emmené, n’ont aucune idée de qui ils ont trouvé.   Le propriétaire à déménagé, il ne parlait pas à ses voisins parce   que. . . parce que . . . parce que . . .

Un patient hausse le ton et le temps s’arrête.   Telle une mosaïque, l’équipe se place, entoure, devient disponible.   Chacun est sensible à celui qui crie et à celui qui lance le filet de sécurité dans lequel le patient viendra se lover, quitte à l’aider…                                       Et la ruche retrouve ses abeilles.   On vérifie sur le calendrier, sur l’horloge, dans  le bottin, au téléphone.   Une gare en mouvements, de l’espoir.

Breast cancer

Can you kiss my breasts goodbye, can you kiss me though we cry                      They are there, hanging around, coming along as if nothing is wrong                    Can you kiss my breasts goodbye, Can you kiss me though we cry                       Like a pair of bouncing friends, they’re knowing pain such to quit is our gain    Even with just one chosen, its mate would have been a pun                        underlying what is gone so be strong, don’t hold on                                                  face another statistic on woman’s health, plastic and surgery                                 Can you kiss my breasts goodbye, can you kiss me though we cry                      They are there between you and me and we have to find time  to put them behind So please kiss my breasts goodbye,                                                                             Can we kiss although we cry                                                                                      Stick  around to my bosom and repeat along:                                                                  It is not wrong, it is   It is not wrong,  it is.   It is not wrong, it is…

Depuis 2000

Arrivée aux urgences

C’est bon je suis entrée et maintenant qu’est-ce qu’on fait?   On s’écrase par terre, on se couche sur une civière, on prend un numéro?   On apprend à se taire.                                             Tout va bien, je suis à terre.   C’est plus facile pour vous. Pour moi qui ai de la misère à régler mes arrières, le constat que rendu ici, tout gît en éclat.   Même plus à se lever pour tout ramasser.

Je ne veux pas de votre haleine dans ma nuque.                                                                      Je ne veux pas d’étau autour de mon auréole.

Le brin d’être et la poutre

Je dois vous soigner, c’est ce qu’on me reconnaît mais que dois-je vous offrir?   Ce que vous voulez?   Ce que vous espérez?                      Mais qu’arrive t-il si ceci n’est pas disponible?  Ou prescrit?  Ou le mieux pour vous?

Je sais vous soigner mais on doit faire autrement, avec plus d’engagement, dont le votre.   Mais vous n’avez pas de temps à perdre.   Et nous savons tous les deux que vous n’êtes pas toujours bon pour vous.

Je peux vous soigner, je décide de votre priorité et des ressources à notre disposition.   J’ai en main la clef du labyrinthe où je vous accompagne.

Je veux vous soigner.   Avec limites.   Les miennes, les vôtres.   Et celles d’un système.   Nous avons maintenant tous les deux de bonnes raisons pour l’échec possible.

La schizophrénie de Tiffany

Tiffany avait une lampe, une lampe de Tiffany, qu’elle trouvait encore étrange et qui teintait ses temps gris.    Tiffany devenait en transe, devant sa lampe de Tiffany.   Elle passait des moments denses à regarder l’infini.

C’était par inadvertance que commençait ses rêveries; le verre donnait la cadence et elle partait, Tiffany.   Tantôt pomme, tantôt Gange, le verre de Tiffany, paraissait pris de mouvance, l’étal d’un marchand d’oublies.

Tiffany avec sa lampe, sa lampe de Tiffany, zonait dans l’incandescence comme un papillon de nuit.   Elle investissait dans l’attente de comprendre sa lampe Tiffany.   Elle se souhaitait perdue d’avance pour figer le retrait, le repli.

Incest

Mary Jane, Mary Jane.   Come and see me Mary Jane,   Come and get some candy.    Mary Jane! Come!             Sit on my knee.   Come see Daddy.

We’re the same, we’re the same.   Aren’t we Mary Jane?   I’m your Daddy, you’re my girl.   I’m so proud, such a twirl, and not a word…   Don’t disturb daddy’s funny sugar cane.

Mary Jane, Mary Jane.   Little pumpkin, little shame.   Trick or treat, trick or threat?   What will it be Mary Jane?   Want to see Daddy ?   Mary Jane! Come!                 Sit on my knee.

La douze, sortie 192,000

Je suis sur l’autoroute, l’autoroute de la déroute.   J’avance coûte que coûte et j’en vois pas le bout.   Une pancarte qui avance, deux, trois   Un menu à la carte de choix, la bouche en trou de cul, des fois, d’effroi sur l’autoroute des doutes, la douze bout à bout.

Le regard sur la route, la bile goutte à goutte se meut en gun à clous.   La panique de ces joutes qui se jouent dans la déroute et la route qui en rajoute et met son poing fermé sur le crin de mon chignon comme un mari violent.

Je suis sur l’autoroute,  la douze tout d’un bout, où je me noie sans doute dans le foie gras.   J’entends, quand je me retourne pour les impliquer tous, leurs tensions et leurs doutes de manquer leurs sorties.   Encore une fois -kaput- j’ai pas eu d’aide pantoute, juste de la merde en troupe.    Je suis encore deboutte dans une soute qui m’étouffe en terme de coups, de coûts.   Et je ronge mon frein en usant de mes mains pour leur faire signe que leurs angles morts me rebutent comme fond d’écrans.

Deux portes sur l’autoroute: la douze avec ses voutes ou un douze à l’autre bout.


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Catégorisé dans Créativité, Maladie mentale, Santé mentale, Soins infirmiers, Travail en psychiatrie.

Publié le 15 juin 2011

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