Éthique et auto-critique

L’IUSM Douglas a procédé il y a quelques temps à un questionnaire sur l’éthique.  On demandait, entre autres, la fréquence à laquelle nous étions confrontés à ce genre de problématiques.  Ma réponse spontanée a été: plusieurs fois par semaine.  Je ne parle pas de grandes questions évidentes comme la confidentialité ou l’abus flagrant.  Je parle ici de questions éthiques plus subtiles, non pas un acte mais un parfum de questionnement.  Une hésitation.  Trois exemples me viennent en tête pour en parler.  Trois exemples qui, comme l’éthique, laissent plus de questions que de réponses.

Les rôles

Rodrigue a fréquenté le centre Wellington pendant plusieurs années.   Alors qu’il participait à un programme d’accès au travail, des problèmes de santé physique importants l’empêchent de continuer ses activités d’employabilité.  Afin de continuer à fréquenter un milieu qu’il aime et où il est apprécié, Rodrigue et moi avons convenu qu’il pouvait devenir bénévole, secteur dont je m’occupe au centre.   Hors le centre a adopté une politique voulant qu’un bénévole ne puisse être un participant.  Après quelques semaines dans son nouveau rôle où il s’accomplie, l’équipe traitante me contacte pour échanger sur la plus value que représente dans la vie de Rodrigue le Centre Wellington et du besoin de maintenir le cap en lien avec son Plan Individuel d’Interventions (PII).  Hors, dans mon rôle de responsable des bénévoles, je n’ai pas à connaître le PII, ni à le considérer.  Je n’ai pas de lien formel avec l’équipe clinique, ni de responsabilité envers sa santé physique et mentale.  Comme responsable des bénévoles, Rodrigue est à mes yeux M et Mme Tout le monde, ni un patient, ni un participant.  Mon rôle est d’harmoniser les besoins du centre avec l’offre de Rodrigue.  Comment alors répondre à l’attente d’une collègue et respecter le territoire de chacun?

Pourriez-vous me rendre un service?

Comme il arrive quelquefois dans la vie de chaque clinicien, quelqu’un, un jour, nous demande un conseil.  Et parfois, une telle demande nous emmène dans une situation de crise où vous craignez pour la vie d’autrui, un ami, une voisine.  Alors vous faites certaines démarches… ou non?  Vous cognez à la porte d’une ancienne collègue ou d’une équipe, parce que vous êtes inquiète et que vous connaissez les rouages des pratiques cliniques. Si vous n’avez pas de rôle clinique spécifique, jusqu’où devez-vous questionner les pratiques organisationnelles d’un service et parler de vos inquiétudes?

Veux-tu être mon ami?

Il y a 1 an, une de mes patientes m’a demandée d’aller prendre un verre et d’échanger nos courriels car elle voulait développer des liens d’amitiés avec moi.  J’ai facilement dit non, invoquant le besoin de respecter mon éthique professionnelle, les frontières entre rôle thérapeutique et rôle individuel.  Maintenant, ceci n’est plus si simple.  Avec le rétablissement, vient la zone grise des relations.  Par exemple, l’implication encouragée dans divers domaine de la société comme l’emploi, l’engagement social, l’appartenance à une communauté m’emmène à me questionner sur les relations à développer avec ces partenaires.  Si, pour moi, il est normal à l’occasion d’inviter des collègues de travail à la maison durant les Fêtes ou échanger avec eux mon numéro de téléphone au cas où… quelle relation dois-je encourager avec quelqu’un qui était mon patient et qui est maintenant mon collègue?  Puis-je emprunter de l’argent pour dîner à un membre d’un comité sur lequel je siège si j’ai oublié mon porte-monnaie?  Dois-je le ou la traiter comme tout le monde ou pas?

Les réponses à ces questions ne sont ni blanc, ni noir.  En 2015, j’espère trouver un sentiment de confort et de droiture pouvant répondre et à ma rigueur personnelle et à celle de mon organisation professionnelle.  Pas facile direz-vous.  Peut être.  Mais en même temps, si je ne questionne pas régulièrement ma pratique, je ne peux l’améliorer.  N’en n’est-il pas de même pour vous?


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Publié le 02 jan 2015

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