Humour en uniforme

Je parlais avec ma sœur dernièrement et nous échangions sur les faits cocasses dans nos milieux de travail.   Elle supervise des plans d’interventions pour des équipes œuvrant auprès de personnes souffrant de TED (trouble envahissant du développement) et d’autisme.

Force nous est d’admettre quelquefois que nous aimerions rencontrés ceux qui, sans le savoir souvent, nous ont permis de sourire et même de rire.   Tout cela se fait en tout respect de la confidentialité, bien entendu.

Parfois, souvent, nous rions de nous-mêmes.   Comme ce jour où en raccompagnant un patient à la porte au moment de son congé de l’urgence, je lui ai dit : « À la prochaine». ?!!!    Je me suis aussitôt excusée.   Lui et moi avons souri devant l’ironie de ce qui venait d’arriver.

À d’autres moments, il s’agit de situations étranges, équivoques.   Le rire est incertain et jaune.   Comme ce billet laissé au poste infirmier lors du départ d’une patiente:

« À l’Équipe de nuit
Merci à vous tous qui avez su prendre soins de moi. Vous m’avez fait temps de bien.   Pris soins de moi comme si j’avais été votre enfant, votre ami.   Vous m’avez raisonnez, conseiller.  Et surtout  pour la première fois de ma vie vous m’avez fait sentir aimer et aprise à aimer.   Merci à vous tous, M, L, D et à toi D
Merci »

Malgré ce message laissé à la fin, une semaine plus tard, la patiente déposait une plainte contre eux.

Ce sont ces histoires particulières que je garde dans un cahier que j’alimente depuis près de 30 ans maintenant.   Rassurez-vous, toutes ces histoires ne me sont pas arrivées.   D’autres cliniciens ont eux aussi contribué.   Voici donc des« bloopers », des paroles, ou des notes textuelles d’intervenants.

  • « Allergie : Pollen, plumes, poils d’oiseaux »
  • Questionnaire écrit : « Moyens que vous utilisez pour faire face à votre maladie » Réponse: « by car »
  • « Tendances à abuser des condiments i.e. : Chips, coke, gâteaux »
  • « Patient ramenée de la rue sans issu »
  • « Il est très proche du chien de son frère qui est maintenant DCD (chien) »
  • « Sa conjointe n’en peut plus de le stimuler »
  • « Mari du genre frère « preacher » avec un sourire professionnel Colgate »
  • « Haleigne éthylique »
  • « Patient boit beaucoup dos »
  • « Boit 40 oz de rail (rye) par jour »
  • « Many sad little things wich overlap »
  • « Dit que son désir d’être parfait était toujours présent et ce avec n’importe qu’elle dose de neuroleptiques»
  • « Ne parle pas beaucoup, fais de la tête, retard psycho-moteur.  Demandant de son ami, dit qu’il est au Paradis »
  • « Très désorganiser dans sa penser »
  • « Patient qui habite sa maladie et qui se sent à l’étroit »
  • « Incontinence fécale, odeur nauséabondante »
  • « Ne pas blackbouler ce patient »
  • « Diagnostic : Schizo borderline avec un couteau »
  • « Aiderons à ré-orienter ce mess vivant »
  • « Suivit externe »
  • « Ensure, une canne, au besoin, si agité. » (L’Ensure est le nom commercial d’une boisson nutritive ressemblant à un milk-shake)
  • « Fassez-lui coupez les cheveux »
  • Plan de soins: « Aucun mémérage »
  • Sur un formulaire d’un établissement de détention « Libéré – On enlève de notre population »

Informations inscrites textuellement dans un rapport sur la qualité : « L’histoire nursing, le plan de soins et les feuilles d’accueil ne sont pas complétés de façon consistante et inégale sur tout les chiffres. »

Raisons invoquées par le clinicien pour référer une cliente à la clinique anti-tabac du CLSC « SVP, aidez Madame à fumer, elle a tenté seule à plusieurs reprises, sans succès, découragée »

Je terminerai par un avant-goût de propos tenus par des patients.  Il s’agit de deux histoires fournies par ma sœur Sylvie, intervenante auprès d’enfants spéciaux.  Il faut savoir qu’une des caractéristiques de cette population est de ne pas comprendre les modalités sociales.   Ils ne savent pas ce que c’est que de «blesser» quelqu’un.

  • Un garçon a cessé de demander compulsivement l’âge des personnes qu’il rencontre.   Maintenant, il demande leur date de naissance.
  • Une autre enfant ne dit plus des choses comme « Regardes la grosse madame ».   Elle dit maintenant « Regardes la madame avec une grosse robe ».

Comme vous pouvez vous en doutez, dans les propos des patients, il y a moins de fautes d’orthographes et  plus de poésie.

Riez en uniforme, c’est une façon de survivre, et en plus, c’est excellent pour votre système immunitaire.


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Catégorisé dans Travail en psychiatrie, Vie quotidienne.

Publié le 15 oct 2009

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2 commentaires à Humour en uniforme

  1. valerie
    Le 15 déc 2009 à 15:34
    Répondre

    very funny; j’ai ri, ricané, c’était tres amusant.

  2. Nathalie Noel
    Le 16 oct 2010 à 10:27
    Répondre

    Bonjour Mme Desjardins,
    Infirmière depuis plus de 20 ans, j’ai lu quelques lignes et bien ri. Merci. La ligne entre soins/dignité et humour est si mince.
    Merci d’oser danser dessus.
    Professionnellement, je viens d’ouvrir la porte de la santé mentale et c’est un immense jardin…
    Bonne journée,
    Nathalie