Si jamais on te demande où je suis passé… C’est facile, invente,… Dis tout sans rien dire ou mens sans mentir,… dis pas surtout combien j’ai peur de ces voix dans ma tête…

Daniel Bélanger, album Joli chaos, novembre 2008

Jamais ce que j’écrirais sur la maladie mentale ne pourra traduire ce que cela veut dire pour un patient, une famille.   Si je parle de symptômes en me référant au DSM IV ou au CIM 10, des bibles pour la vision de la maladie mentale, je sais pertinemment que c’est une vision nord-américaine, née de la perception d’hommes, blancs.

D’un autre coté, en parler du point de vue d’une culture représente un autre défi.   Bien que nous sachions que cela influence grandement la façon de vivre la maladie, on ne veut pas cantonner la personne dans son affiliation ethnique, les africains et leur ventre, les méditerranéens et l’expression, les asiatiques et le silence.   Et, à travers ces regards, des traditions millénaires qui parlent de fluctuation dans l’énergie, de perte de centration, de maladies qui ont été des boulets, mais aussi quelquefois des bouées dans la vie de quelqu’un.

Je ne pourrais jamais cantonner en quelques pages l’expérience réelle.   Je ne pourrai que m’en approcher à l’aveuglette.  Tentons quand même en prenant deux chemins reconnus.

Il en existe bien d’autres.

Chemin no 1 : La systémie, la maladie comme limite d’un système.

C’est l’histoire d’une famille, d’un système, d’une équipe.

Le groupe fonctionne grâce à des rôles, des dyades, des triades, des règles, la spécificité et la richesse de chacun des éléments.   Chaque jour, des informations arrivent et informent le système.   Celui-ci se replace en conséquence. Jusqu’à ce que ce qu’un jour le système, pour toutes sortes de raisons, ne peut retrouver l’homéostasie, l’équilibre.   C’est alors qu’apparaît la crise.  L’élément le plus fragile, le symptôme manifeste dans le système, est alors identifié pour obtenir de l’aide. À ce moment la famille, l’équipe ou son entourage consulte. Quelques exemples : La personne qui fait de l’insomnie parce que sa fille de 16 ans est en fugue, l’homme qui devient colérique et déprimé après la perte de son emploi à 50 ans, les compagnons de classe d’un étudiant au CEGEP qui parle à la direction de cet élève bizarre.

Chemin no 2 : La méthode consignée, le diagnostic psychiatrique.

C’est ce qu’on retrouve dans les dossiers comme façon d’identifier la maladie mentale.   Un des grand pas dans la compréhension est cette obligation d’étoffer cette lecture par 5 axes qui traduisent mieux la réalité du patient.

Axe 1 : Le diagnostic psychiatrique principal

On parle de la maladie principale comme la dépression majeure, d’un type de bipolarité en phase maniaque,  du trouble d’adaptation, de l’anxiété, de la schizophrénie, de la toxicomanie.

Axe 2 : Le trouble de la personnalité et le retard mental

Ce volet identifie chez l’individu sa propension personnelle en ce qui a trait à sa compréhension et son interaction avec l’environnement, sa capacité d’apprendre.

Dans le cas du trouble de la personnalité, on peut parler de traits (qui se manifestent en temps de crise) au trouble (qui teinte la façon d’interpréter la réalité).

Par exemple, sur un continuum, certaines personnes sont organisées dans leur vie de tout les jours, d’autres sont perfectionnistes, d’autres encore sont obsédées par certaines préoccupations en temps de crise et quelques-uns, finalement, souffrent d’un trouble de personnalité obsessif-compulsif qui peut empêcher de fonctionner.

Le retard mental, volet souvent plus pauvre de la psychiatrie, est porteur, à lui seul, de ses propres spécificités et niveaux de fonctionnement.

Axe 3 : Les affections médicales générales

Les problèmes de santé ont un impact sur le traitement envisagé tout comme l’état de santé mentale va influencer aussi l’évolution de la maladie physique.   Par exemple, le traitement psychiatrique devra prendre en considération la personne souffrant d’une maladie chronique du foie comme l’hépatite C.   De plus, la perte de concentration du déprimé qui veut calculer sa dose d’insuline, l’insomnie, la psychose pour un cardiaque sont des aspects cliniques à pister.

Axe 4 : Les problèmes psychosociaux ou environnementaux

Le chômage, la pauvreté, un cataclysme comme une tornade, la maladie d’un proche, le retour aux études, le divorce, l’immigration ou l’arrivée d’un bébé ne sont que quelques exemples d’informations à consigner.

Axe 5 : L’évaluation globale du fonctionnement (GAF)

C’est une échelle sur lequel le psychiatre place le patient au moment où il l’évalue. Gradué de 0 à 100, le chiffre donné représente la capacité del’individu à faire face au quotidien, à répondre à ses besoins.   100 est le jackpot, non seulement on est bien mais on se développe, on apprend, on réalise.  À 70, votre entourage s’inquiète, on accumule du retard, on se replie sur soi.   À 50, on doit penser à une admission, on ne peut faire face seul et peut être aussi, ne peut-on plus juger de ce qui est bon pour soi.  À 30, ce ne sont plus votre psyché qui inquiète, votre corps et vos repaires n’en peuvent plus eux non plus.

Voilà, dire tout sans rien dire.  À la fois vol d’oiseau et pas de tortue pour combattre l’ignorance.  C’est souvent ce qui fait le plus mal.   Ignorer les signes, les éléments, ne pas savoir ce dont « on » souffre. Ne pas vouloir parler, ne pas vouloir en parler.

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Ce message a été posté le 17 sept 2009 dans la catégorie Deuil, Maladie mentale, évolution de la pratique.
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